Accueil > Société | Par Monique Houssin | White41 femmeBlanc901 EU LINEA DOWNBasses Superga AND UP 2790ACOTW LGjpqSzVUM 1er février 1997

Le féminin entre crochets

Entretien avec Benoîte Groult

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Faut-il féminiser les noms de métier et comment ? Si l’usage accorde à Benoîte Groult d’être romancière, le dictionnaire ne lui reconnaît pas d’être " écrivaine ". Au Québec, elle pourrait se dire " auteure ".

Benoîte Groult, qui provoqua il y a quelques années avec Ainsi soit-elle quelques tempêtes dans la mare du conformisme, s’enflamme." Cachez ce féminin que je ne saurais voir " s’écrie-t-elle dans un chapitre de son prochain livre(1). Pour amorcer une réponse à cette question, une Commission fut mise en place par Yvette Roudy entre 1984-1986 ; Benoîte Groult en assurait la présidence.

Dix ans après ces voeux (restés plutôt pieux) et la circulaire en date du 11 mars 1986 sur la féminisation des noms de métier, qu’en est-il ?

Benoîte Groult : Le désordre le plus complet règne, notamment dans les journaux. Dans l’Observateur, les femmes sont toujours conservateurs de musée ou députés ; dans Libération, les journalistes semblent plus audacieux : on écrit la substitute, la juge, mais Paloma Picasso est créateur et Isabelle Rossellini actrice. J’ai entendu à la radio une femme déclarer : " Je suis moi-même chômeur " et un médecin dire à une auditrice dans l’émission " Le téléphone sonne " : " Si vous êtes, Madame, porteur de virus ". On hésite tout de même devant le ridicule pour " mère-porteur ".

Quelles modifications avez-vous observées ?

B. G. : Pour la première fois, apparaît dans le Petit Larousse 1995, la juge, la ministre, la sculptrice. Mais les restrictions dont on assortit l’apparition du féminin laissent perplexe ; les dictionnaires n’avancent, dans ce domaine, qu’avec des précautions de Sioux. A ministre, le Larousse nous dit, en fin d’article et entre crochets " s’emploie parfois au féminin dans la langue familière : la ministre ". Pour avoir participé à de nombreux débats entre linguistes et grammairiens (des deux sexes), j’imagine aisément les discussions déchirantes qui ont abouti à ces formules prudentes, presque honteuses. Pourquoi ne féminiser qu’en " langue familière " ? La langue écrite serait-elle réservée au masculin ? Mais le principal est d’être entré dans le noble Livre, fût-ce par la petite porte. On mesure l’épaisseur des préjugés et la mauvaise foi qui ont empêché, jusqu’ici, d’appliquer l’une des règles élémentaires du français : " Le nom change généralement de forme selon son genre, masculin pour les êtres mâles, féminin pour les êtres femelles." Le nom en français a perdu le genre neutre si fréquent en latin. Beaucoup de noms ne posent aucun problème, notamment lorsqu’ils se terminent par un " e " muet. Il n’y a aucune raison de dire la " poétesse ", ou la " photographesse ", la poète et la photographe conviennent parfaitement. Certaines femmes, à gauche en tous cas, que ce soit Frédérique Bredin ou Ségolène Royal, qui s’attachait à se faire nommer Mme LA ministre, y sont acquises ; ce qui n’a pas empêché un commentateur d’annoncer au moment où Ségolène Royal mettait au monde son enfant : " LE Ministre vient d’entrer en maternité ! " Gisèle Halimi, qui vient de remettre les conclusions de son rapport sur la parité politique, a été une des rares à se dire